G20: l'alliance France - Allemagne


Cela a été maintes fois relevé: les paradis fiscaux ne sont en rien responsables de la crise. Et leur suppression n'apporterait pas une grande aide pour la résoudre. La demande de M. Sarkozy au G20 était donc avant tout politique: montrer qu'il se soucie de répartir de manière équitable les efforts très importants que l'on va demander aux Français.

Nous regrettons vivement que l'on ne s'attaque pas directement aux véritables responsables de la crise, les financiers. Dans leur propre intérêt, ils ont imposé un régime de taux de change fixes qui empêche le rétablissement des équilibres du commerce mondial. Mais dans la situation actuelle, toute mesure d'équité est une nécessité politique évidente. Et nous ne joindrons pas notre voix à toutes celles qui ont critiqué les menaces utilisées par M. Sarkozy pour obtenir satisfaction.

D'où sont venues ces critiques? Pas de ceux qui bénéficient des paradis fiscaux: ils ont pour habitude de rester discrets. Elles sont venues de ceux qui attendaient du G20 des «signaux positifs». Ceux qui limitent l'économie au périmètre de la Bourse. Qui ne voient de la crise que la chute des cours. Et pour qui il suffirait de rétablir la «confiance des investisseurs» pour que la crise s'arrête. Ceux-là étaient furieux que M. Sarkozy prenne le risque de gâcher la fête pour obtenir gain de cause.

M. Juppé saluait la semaine dernière les résultats de ce G20, en déclarant que l'économie est à 80% de la psychologie. Il se trompe lourdement. Tout le monde arborait un grand sourire sur la photo de famille du G2O. Et la presse dithyrambique louait un immense succès. Les «signaux» tant attendus étaient donc au rendez-vous. Mais ils ont révélé leur véritable nature: des écrans de fumée. Car la crise est toujours là.

Ses causes sont en effet totalement objectives. Les ménages américains ne pouvaient pas s'endetter sans cesse davantage pour compenser le déséquilibre commercial récurrent de leur pays. Quant à la détérioration de la situation financière de leurs banques, elle n'est due qu'en apparence à la chute des cours de bourse: elle a été dilapidée par le train de vie princier que se sont octroyé leurs dirigeants en affichant des bénéfices fictifs.

Et l'Allemagne, dans tout cela? Si l'on se fie aux media français, on pourrait penser qu'au G20, Mme Merkel s'est contentée d'appuyer la demande de M. Sarkozy sur les paradis fiscaux. On ignore si la chancelière allemande avait véritablement besoin de cette mesure politique. Peu importe d'ailleurs, car en soutenant M. Sarkozy, elle faisait à peu de frais d'une pierre deux coups dans le domaine économique. D'une part, elle constituait un front solide face aux demandes américaines de relances nationales, dont l'Allemagne ne veut pas car ce n'est pas son intérêt – et que la France n'est pas en état de faire. D'autre part, elle détournait l'attention des causes fondamentales de la crise: les déséquilibres du commerce mondial.

Car l'Allemagne, comme la Chine et les autres pays qui ont une balance commerciale excédentaire, bénéficie de la rigidité des taux de change. C'est automatique. Prenons par exemple la principale résolution de ce G20: les 1100 milliards de dollars qui vont abonder les ressources du FMI et de la Banque Mondiale. Ils vont revenir en bonne partie à l'Allemagne sous forme de commandes, notamment des pays de l'Europe de l'Est. Pendant que nos délocalisations industrielles vers ces pays vont reprendre…

En régime de changes fixes, les exportations sont au cœur de l'économie. Certains pays l'ont compris et misent tout sur elles. D'autres ont laissé les financiers entretenir l'illusion, à coups de signaux de fumée, que l'on pouvait faire autrement. Nous sommes malheureusement de ceux-là. Un grand merci à notre intelligentsia.

Daniel Fédou, le 21 avril 2009.