G20: une avancée décisive des Chinois.


Il y a beaucoup de choses à dire sur le G20 et son communiqué final. Contentons-nous de revenir ici sur l'essentiel à nos yeux: la partie de go jouée par les Chinois, que nous avons présentée dans notre précédent article.

Le go est un jeu de modestie et de lucidité. Il invite le joueur à connaître ses faiblesses et à se satisfaire de petites victoires successives. En particulier, quand on est en position d'infériorité dans un coin du go-ban, il est vivement recommandé de ne pas s'obstiner à y jouer, sous peine de transformer une défaite locale sans gravité en une déroute totale.

Après le communiqué des autorités chinoises, c'était à l'Occident de jouer. Il a pris une position claire: il veut remettre sur pieds le système actuel et repartir. Il a choisi en particulier d'ignorer les déséquilibres majeurs du commerce international. Ainsi, la cause fondamentale de la crise est ignorée. Pour ne pas dire écartée (point 12).

Sans doute faudrait-il vivre au milieu des lobbyistes américains pour savoir avec certitude pourquoi. A défaut, il nous est difficile d'oublier que les financiers anglo-saxons ont imposé au monde un modèle de fonctionnement basé sur la rigidité des taux de change. Qu'ils en profitent largement. Et que M. Obama a été le candidat de Wall Street.

Par ailleurs, il n'est certainement pas facile pour les USA de prendre acte de l'échec de ce modèle, qui a remplacé celui qui existait pendant les 30 glorieuses. Et d'accepter une lourde dévaluation du dollar qui montrerait au grand jour que la suprématie américaine est bien moins grande qu'il n'y paraît. C'est encore moins facile pour M. Obama, qui a été élu dans l'enthousiasme en proposant aux Américains de leur rendre toute leur fierté nationale.

Quoi qu'il en soit, on devine sans peine la réaction des Chinois au G20. L'Occident veut continuer à jouer de la même manière? Sur le même coin du go-ban? On imagine leurs sourires cachés. Ils vont pouvoir continuer à accumuler des technologies et des productions, avec des dollars en prime. C'est très bien pour eux.

D'autant qu'on leur a donné en plus l'occasion de placer un magnifique pion dans un nouveau coin, celui de la puissance internationale. Sans grand mal d'ailleurs: celui qui a de l'argent, quand on en cherche désespérément, impose aisément ses vues sur la manière de le dépenser. Les Américains avaient demandé que les pays européens relancent davantage leurs économies. En vain, car il aurait été déraisonnable pour la plupart d'entre eux d'accepter. Il s'imposait alors d'aider les pays du tiers monde en difficulté: c'est un autre moyen de relancer l'économie mondiale, et la Chine avait annoncé qu'elle était prête à financer le FMI.

Ainsi, l'acquis essentiel de ce G20 est constitué des 1100 milliards de dollars complémentaires qui lui seront attribués, ainsi qu'à la Banque Mondiale. Fait significatif: c'est bien plus que ce qui était souhaité...

Qui va payer? Rien n'est dit. Mais on imagine mal MM. Obama, Brown ou Sarkozy aller devant leurs parlements respectifs demander des centaines de milliards pour ces organismes internationaux. On peut se poser la question autrement: qui va pouvoir payer? Les Echos ont donné la réponse la semaine dernière, en publiant les réserves de change des principaux pays.

On se dirige donc tout droit vers un système dans lequel les dollars donnés en prime aux Chinois avec les technologies et les productions vont leur servir à financer un bon nombre de pays, dont ceux de l'Europe de l'Est et d'Afrique, et à se les attacher. En outre, la Chine va conquérir des pouvoirs, sans doute importants, au sein du FMI et de la Banque Mondiale, qui orientent le développement des pays du monde.

La partie de go avance vite. L'Occident est sur la voie de la déroute. Par cupidité. Amusant du point de vue des communistes chinois, n'est-ce pas?

Daniel Fédou, le 10 avril 2009.