M. Strauss-Kahn fait-il fausse route?


Le directeur général du Fonds Monétaire International faisait récemment connaître sur France-Inter son analyse de la crise, avant de présenter ses recommandations pour en sortir. «Trop de crédits ont été distribués sans faire suffisamment attention», explique M. Strauss-Kahn.

Ainsi formulée, l'explication n'est pas acceptable. Aux USA par exemple, les banquiers ont prêté très au-delà du raisonnable, en effet. Mais il est impossible de croire qu'ils l'ont fait sans s'en rendre compte. La thèse de l'incompétence généralisée des banquiers, bien qu'elle fleurisse un peu partout, est irrecevable. Nous en apporterons la démonstration dans un prochain article, si certains lecteurs n'en sont pas encore convaincus. En attendant, nous les invitons à lire " l'arrogance de la finance ", livre dans lequel ils trouveront de nombreuses briques à l'appui des deux thèses soutenues par chacun des deux co-auteurs: erreur collective ou cupidité.

Ce point est essentiel pour définir les mesures qu'il faudra prendre. A quoi servirait-il d'édicter de nouvelles règles «prudentielles» (!) si celles qui existent n'ont pas été respectées et si ceux qui les ont enfreintes sciemment restent en place après s'être considérablement enrichis?

Mais dans l'immédiat, il faut éteindre l'incendie. Nous en sommes bien d'accord. Cependant, M. Strauss-Kahn paraît croire qu'il suffirait de renflouer les banques pour que la croissance revienne. Nous ne le pensons pas. Et nous ne sommes pas les seuls, si l'on en croit le pessimisme des marchés financiers qui persiste malgré une première vague de renflouements impressionnante.

Notre avis procède du phénomène que nous avons expliqué dans notre dernière étude: le déficit commercial extérieur d'un pays impose un endettement d'un montant équivalent aux agents nationaux, administrations, entreprises ou ménages. Et le phénomène est cumulatif : tout nouveau déficit leur impose un endettement complémentaire.

Cela vaut pour les USA, qui ont un déficit extérieur important et durable, mais aussi pour la France, l'Espagne, la plupart des pays d'Europe de l'Est et du tiers monde. Pour que ces pays puissent continuer à vivre avec leurs déficits extérieurs actuels, il faut que les banques prêtent à leurs agents nationaux de plus en plus, donc tôt ou tard au-delà du raisonnable. Faute de quoi, ces pays devront accepter une récession lourde qui les amènera, avec la baisse du pouvoir d'achat, à moins acheter à l'étranger.

Nous sommes ainsi en présence d'une alternative simple:
- soit on permet aux banques, après les avoir renflouées, de recommencer comme avant ou presque. Cela suppose de vérifier que les Etats pourront une nouvelle fois compenser l’éclatement de la future bulle ;
- soit on met bon ordre aux dérèglements du commerce international, ce qui suppose en particulier une réduction drastique des excédents extérieurs aberrants comme ceux de la Chine.

On ne retrouvera pas la croissance en s'en remettant à un encadrement plus efficace des banques renflouées. Il faut s'attaquer en même temps aux déséquilibres mondiaux.

Daniel Fédou, le 9 mars 2009.