Relance par les salaires interdite.


Instinctivement, les chefs d'entreprise ont toujours été hostiles à une relance par les salaires. La raison en est simple: ils touchent du doigt la détérioration de leurs prix de revient qui serait provoquée par la hausse des salaires, alors qu'ils ont du mal à apprécier l'augmentation potentielle de leurs recettes qui serait provoquée par l'amélioration du pouvoir d'achat de leurs clients. D'autant que la première est certaine et immédiate, alors que la seconde est incertaine et plus lointaine.

Pourtant, la relance par les salaires était efficace lorsque la demande faiblissait et que les capacités de production étaient sous-employées. Car la hausse des salaires relance toujours la demande, et la production suit en créant des emplois. L'activité économique qui s'est assoupie est ainsi redynamisée.

Mais aujourd'hui, les chefs d'entreprise ont raison; la relance par les salaires n'est plus possible en France. Pourquoi? Il faut d'abord comprendre que l'augmentation des salaires ne se retrouve pas en totalité dans les ventes des entreprises françaises. Une partie importante s'échappe et va nourrir les entreprises étrangères: l'augmentation des salaires augmente les importations.

Le phénomène n'est pas nouveau, bien qu'il ait pris de l'ampleur au fil des ans. Mais il avait auparavant son antidote. Quand nous avions notre monnaie, le franc, sa parité baissait alors, ce qui permettait aux entreprises françaises d'exporter davantage. La balance commerciale était ainsi rétablie.

Depuis l'introduction de l'euro en revanche, rien ne compense la hausse des importations. Au contraire, les prix de revient étant augmentés par la hausse des salaires, les exportations baissent. La balance commerciale se détériore donc gravement. Et aucune modification de la parité monétaire ne permet d'en rétablir l'équilibre.

C'est un changement majeur. Car lorsque la balance commerciale est déficitaire - c'est malheureusement le cas pour notre pays – la hausse des salaires implique celle du chômage. On renvoie le lecteur à notre dernière publication pour une description des mécanismes complexes qui l'expliquent. Essayons ici de faire accepter le bien-fondé de cette implication par une observation simple.

La baisse de la parité du franc avait pour conséquence d'annuler la hausse apparente du pouvoir d'achat des Français. A l'égard des produits étrangers, la hausse des salaires était illusoire, car le pouvoir de les acheter n'avait pas bougé.

Avec l'euro, une augmentation des salaires des Français améliore à coup sûr leur pouvoir d'achat sur les produits fabriqués ailleurs en Europe. Cela paraît merveilleux. Mais le miracle n'existe pas en économie. Il y a donc une contrepartie: c'est la hausse du chômage. Ceux qui conservent leur emploi voient bien leur pouvoir d'achat augmenter; mais c'est au détriment de ceux qui perdent le leur.

Depuis l'introduction de l'euro, augmenter les salaires en France conduit à y réduire les emplois. Contrairement à ce que l'on voulait croire, la suppression de notre monnaie nationale n'a pas fait disparaître la contrainte internationale, bien au contraire. Auparavant, l'ajustement se faisait par le pouvoir d'achat à l'étranger. Avec l'euro, l'ajustement se fait par le chômage.

La relance par les salaires est ainsi devenue une mesure anachronique. Elle garde un sens au niveau européen, mais l'Allemagne n'en veut pas. Le gouvernement a donc été bien inspiré de la repousser. Par comparaison, la relance par les investissements et les prestations sociales qu'il a retenue présente le double avantage de ne pas pénaliser les exportations et d'être réversible.

Mais, comme on l'a vu, ce n'est qu'une mesure d'urgence qui laisse entier le problème de fond de notre pays.

Daniel Fédou, le 27 février 2009.