Le plan Valls : un échec assuré.


Nous pensons avoir montré ici dans différents documents [1] que compétitivité internationale et création d’emplois, loin de constituer une alternative qui demande que l’on choisisse, sont au contraire indissociables. Et qu’il est vain de penser pouvoir créer des emplois sans retrouver notre compétitivité perdue.

Nous comprenons volontiers que certains de nos lecteurs n’aient pas le temps de lire ces documents. C’est pourquoi il nous a paru suffisant de rappeler dans notre dernier article que nous menons une politique de baisse des charges sur les bas salaires depuis des années. Et que cela n’a servi à rien. Les faits devraient être aussi convaincants que les raisonnements théoriques.

Nous sommes bien entendu d’accord sur l’idée selon laquelle, en abaissant le coût du travail des moins qualifiés, on rendrait solvables un certain nombre de besoins. Donc que l’on pourrait ainsi créer des emplois. Mais le raisonnement ne peut pas s’arrêter là. Il faut examiner aussi la manière dont on va financer cette baisse du coût du travail. C’est alors que les emplois espérés disparaissent.

Maintenant que Manuel Valls commence à nous dévoiler les grandes lignes de son programme d’économies de 50 milliards, nos lecteurs peuvent voir concrètement pourquoi la baisse des charges des entreprises annoncée va avoir un résultat insignifiant sur l’emploi. Le gel de la rémunération des fonctionnaires, le gel des retraites de base et complémentaires, le gel des prestations sociales, vont se traduire par une baisse du pouvoir d’achat de dizaines de millions de Français. Baisse certes modérée, mais bien réelle, et aux conséquences économiques globales lourdes compte tenu du nombre de personnes concernées. Car elles vont inévitablement consommer moins. La baisse de leur consommation va entraîner une baisse du chiffre d’affaires des entreprises, ce qui va effacer les effets positifs sur leurs marges de la baisse des charges. [2]

L’évaporation de l’effet attendu sur l’emploi n’est pas fondamentalement liée aux économies choisies par ce gouvernement. Tout autre panel de mesures d’un même montant aurait abouti à un résultat similaire. La cause en est la baisse des charges retenue. Pour être efficace, il aurait fallu la concentrer sur les entreprises exportatrices, afin que notre pays puisse retrouver sa compétitivité internationale perdue. Répartie au contraire sur l’ensemble des entreprises, avec de surcroît un objectif affiché de restauration de leurs marges et non d’accroissement de leur activité, elle ne servira quasiment à rien pour l’emploi.

Il n’est pas nécessaire d’être un grand clerc pour annoncer ce que sera la situation fin 2016, si le gouvernement persiste à vouloir ramener le déficit public à 3% du PIB sans agir autrement sur la compétitivité. S’il se contente de diminuer les dépenses publiques, le pouvoir d’achat par habitant aura sensiblement baissé et le chômage aura nettement augmenté. Quant à la dette publique, elle dépassera les 100% du PIB : car avec une croissance quasi nulle, il faudrait un budget en équilibre pour ne pas continuer à l’alourdir.

Ainsi, parmi les trois objectifs annoncés par Manuel Valls le 16 avril pour justifier son plan d’économies sur les dépenses publiques, un seul pourra éventuellement être atteint : les 3% de déficit imposés pour le fonctionnement de l’euro. Il ne pourra d’ailleurs l’être que si les économies réalisées vont nettement au-delà de celles annoncées jusqu’ici. Car pour l’instant, le compte n’y est pas, loin de là.[3]

Daniel Fédou, le 3 mai 2014.

[1] Lire par exemple « un chômage de compétitivité ».

[2] Pierre Gattaz le sait lui aussi, comme le montrent ses récentes déclarations sur le SMIC : il est difficile de ne pas voir qu’il essaye coûte que coûte de proposer une autre idée que le pacte de responsabilité, tel qu’il a finalement été défendu par le MEDEF, pour créer des emplois. Nous l’avions prévenu : il n’est pas bon de présider un organisme sans se donner les moyens de le diriger.

[3] Si bien que ce résultat unique ne pourra être atteint qu’au prix d’un impact sur l’emploi et le pouvoir d’achat plus lourd qu’estimé aujourd’hui.