Une contrepartie au "pacte de responsabilité".


Les débats sur le « pacte de responsabilité » se sont déportés vers les contreparties qui devront être fournies par les entreprises pour compenser la baisse des charges annoncée. Nous tenons à donner sans tarder notre avis sur cette question, en particulier aux syndicats qui vont négocier.

La nécessité politique de telles contreparties est évidente. Faut-il rappeler que le Président de la République devra faire accepter aux parlementaires les mesures à prendre, puis obtenir de son administration qu’elles soient correctement appliquées ? Alors que jusqu’à la fin de l’année dernière, il expliquait que les mesures qu’il avait déjà prises suffiraient à redresser le pays ?

On entend des voix déclarer : qu’il procède par ordonnances. Quelle folie ! Ce serait en pratique s’en remettre à la technocratie qui contrôle les partis politiques et la haute administration depuis des années et qui a fait la preuve de son incompétence en économie. On peut alors s’attendre au pire, quelles que soient les déclarations initiales sur les objectifs poursuivis. A tout prendre, il vaut beaucoup mieux s’en remettre aux partenaires sociaux, qui présentent l’avantage d’avoir suffisamment les pieds dans la réalité des entreprises pour ne pas commettre de contresens majeur.

Que proposons-nous aux syndicats de salariés ? Qu’ils ne perdent pas leur temps à discuter sur le nombre d’emplois créés. Ce serait du temps perdu, pour au moins deux raisons. D’abord parce que le MEDEF n’a quasiment aucun moyen de contraindre les entreprises à agir de telle ou telle manière en matière d’embauches ; si bien qu’un engagement de sa part n’aurait aucune valeur. Ensuite parce que personne ne sait combien d’emplois seront créés: il s’agit de rendre de la compétitivité à nos entreprises soumises à la concurrence étrangère, et personne ne peut prévoir ce que leurs concurrentes feront à l’avenir.

Il est clair en revanche que leur redonner leur compétitivité perdue est la priorité des priorités. Nous profitons de la circonstance pour souligner de nouveau combien les Français doivent remercier Pierre Gattaz d’avoir annoncé que les entreprises pouvaient créer 1 millions d’emplois. Cela a l’immense mérite de redonner l’espoir et de remobiliser les énergies. C’est quand même beaucoup mieux que le défaitisme de François Mitterrand : « en matière de chômage, on a tout essayé. » Qui plus est, l’avenir montrera qu’il a eu raison. Car une chose est claire : si notre pays commence à prendre les bonnes mesures, il n’y aucune raison qu’il ne finisse pas par rattraper l’Allemagne.

Nous espérons par ailleurs que les syndicats de salariés ne vont pas se contenter d’obtenir quelques avantages pour eux, d’importance secondaire pour la collectivité. Nous comprenons qu’ils aient pris cette mauvaise habitude, qui est un peu la réponse du berger à la bergère face à des demandes du patronat émises au nom de l’emploi mais sans efficacité réelle. S’est ainsi installée l’habitude d’un donnant donnant sans grande ambition, que l’on peut caricaturer ainsi : « Vous voulez un cadeau pour les patrons, vous devrez nous en faire un sur la représentation salariale ».

Aujourd’hui, l’occasion est offerte aux syndicats de salariés de jouer un rôle décisif dans le redressement de notre pays. Nous les invitons à demander au MEDEF de s’engager sur un point clef de l’efficacité du "pacte de responsabilité" tel que nous l’avons proposé dans notre précédent article: faire en sorte que, grâce à la baisse des charges annoncée, la hausse de la TVA ne se traduise pas par une hausse des prix TTC des produits français.

Contrairement à ce qui se passe pour la création d’emplois, le MEDEF a de bonnes possibilités d’agir sur les entreprises en la matière. En particulier parce que les activités économiques sont organisées en filières, pilotées par un nombre relativement réduit d’entreprises, qu’il peut plus facilement convaincre. Rappelons en outre que l’Etat dispose des moyens nécessaires pour faire respecter un tel engagement par la contrainte si cela s’avérait nécessaire.

Terminons par une observation, à l’intention de ceux qui mesurent la victoire des salariés à la difficulté qu’ont eue leurs syndicats à faire fléchir le patronat : il ne sera pas facile au MEDEF de s’engager sur un tel sujet. Car malheureusement, conséquence des années sous les présidences de M. Ernest-Antoine Sellières et Mme Laurence Parisot, et sous la direction générale de M. Jacques Creyssel [1], peu de chefs d’entreprise ont conscience à ce jour que leur activité économique dépend avant tout du succès ou des échecs de nos exportateurs – et de l’excès de nos importations.

Daniel Fédou, le 15 février 2014.

[1] Sorti de l’ENA en 1981, il est resté 12 ans à la direction du budget du ministère des finances avant de passer directement à la direction générale du MEDEF en 1993. Délégué général de la fédération des entreprises du commerce et de la distribution depuis 2011, il expliquait encore le 11 décembre dernier sur BFM Business les mérites du CICE, alors qu’il venait d’avouer que la grande distribution, pourtant un des principaux bénéficiaires de cette mesure, n’avait encore embauché personne grâce au CICE. Il paraissait ne même pas voir qu’après le 1er janvier, il serait trop tard : les consommateurs seraient alors frappés par la hausse de la TVA et diminueraient de ce fait leurs achats.