Le "pacte de responsabilité".


Il n'est pas dans nos compétences de comprendre pourquoi le Président de la République a mis le MEDEF en avant pour annoncer son « pacte de responsabilité ». L’avenir nous dira s’il a eu raison. Cela lui sera sans doute utile pour faire accepter par l’Union Européenne le non-respect de nos engagements budgétaires. Car nos déficits vont perdurer. On peut se demander en revanche si cela l’aidera à faire voter par sa majorité parlementaire les mesures envisagées.

Contentons-nous d’observer que Pierre Gattaz a accepté de participer pleinement à la mise en scène de l’annonce. Ce faisant, il a endossé une lourde responsabilité : si ce que propose le MEDEF n’aboutit pas à des résultats significatifs en matière de chômage, les propositions des entreprises seront discréditées pour de nombreuses années. Le MEDEF dans son ensemble a-t-il compris les erreurs de ses positions antérieures ? Est-il à même de mettre nos hommes politiques sur la bonne voie ? Sur trois sujets majeurs, des déclarations récentes de dirigeants patronaux nous font craindre que la mutation ne se soit pas encore complètement effectuée.

Sur le Crédit d’Impôt Compétitivité Emplois tout d’abord. Il est évident à nos yeux qu’il faut profiter des circonstances pour transformer profondément le CICE, une ânerie qui en l’état va consommer 20 milliards d’euros pour rien. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler que les premiers bénéficiaires en sont la Poste, les banques et la grande distribution. Les entreprises exportatrices n’en bénéficient quasiment pas. Or ce sont elles qui détiennent la clef du redressement, comme on l’explique depuis des années dans ce site.

Bien entendu, il est important que toutes les entreprises puissent restaurer leurs marges. Elles en ont besoin pour investir, voire simplement pour assurer leur solidité financière. Mais seules celles soumises à la concurrence internationale doivent les restaurer par une compétitivité accrue. Pour les autres, c’est par la reprise de l’activité qu’elles pourront le faire. Car pour elles, l’effet de l’allègement des charges dû au CICE est annihilé par la réduction du pouvoir d’achat des consommateurs français dû à la hausse de la TVA.

Une deuxième source d’inquiétude concerne les 400 000 postes proposés par Pôle Emploi qui ne trouvent pas preneurs. On comprend que les organismes qui vivent des financements publics pour la formation professionnelle les mettent régulièrement en avant. Mais certains dirigeants du MEDEF paraissent croire que leur disparition constitue un objectif facile à atteindre. Or il n’en est rien. Car ces emplois sont constitués pour l’essentiel des postes qui demeurent vacants les quelques semaines nécessaire aux entreprises pour sélectionner le bon candidat. Rappelons que leur nombre tournait autour de 600 000 dans les années 70, en période de plein emploi. Il n’y a donc quasiment rien à gagner de ce côté-là.

Nous nous interrogeons enfin sur les dépenses publiques. Il est normal que le MEDEF ne relâche pas la pression pour les faire baisser. Car à long terme, cela permettrait de réduire les prélèvements sur les entreprises. En revanche, pour les 3 ans qui viennent, on ne peut pas l’espérer. La baisse des dépenses publiques entraînerait au contraire une baisse de l’activité, donc une hausse du chômage et des dépenses sociales. Dans un premier temps en effet, moins de fonctionnaires égale moins de consommateurs, moins de remboursements de santé égale moins de pouvoir d’achat, moins d’investissements publics égale moins de travaux… Dans la situation actuelle, la seule manière efficace de réduire le taux de prélèvements obligatoires est de relancer l’activité. Et cela ne peut être fait qu’en concentrant tous nos moyens sur les entreprises exportatrices.

En participant à la mise en scène du « pacte de responsabilité », Pierre Gattaz s’est mis en bonne position pour peser sur les nouvelles mesures que le gouvernement doit prendre. Compte tenu de l’incompétence économique dont font preuve depuis des années ceux qui détiennent le pouvoir administratif et politique, c’est une excellente chose. Il est essentiel pour notre pays que le MEDEF ne gaspille pas cette occasion.

Daniel Fédou, le 14 janvier 2014.