Le retour de l'Etat: un leurre.


L'idée dominante depuis 25 ans était qu'il fallait s'en remettre aux lois du marché. C'était la clef du redressement économique de notre pays et, de fil en aiguille, de son redressement tout court. Une bonne partie de l'opinion combattait cette idée. Aujourd'hui, elle croit voir ses thèses triompher. A-t-elle raison de s'en réjouir?

Il est un fait que tout le monde est d'accord sur un point: l'Etat doit reprendre les choses en mains. Le voilà donc qui dépense à tout va, et qui intervient dans la rémunération des dirigeants ou des actionnaires. Ceux qui hier auraient hurlé au sacrilège approuvent aujourd'hui. Et il est amusant d'entendre les mêmes «voix autorisées» dire exactement le contraire de ce qu'elles affirmaient quelques semaines auparavant.

Faut-il pour autant se réjouir de cette grande réconciliation intellectuelle? Certainement pas. Car la défaite des uns ne fait pas la victoire des autres. Prenons un exemple, la relance par les salaires. On a constaté dans les années 70 que les recettes keynésiennes ne marchaient plus. La mise en place de l'euro et notre déficit commercial récurrent ont scellé leur inefficacité pour notre pays. Un retour en arrière serait vain. Au lieu de quitter la peste pour en revenir au choléra, il faudrait faire le constat de ce double échec, afin de dégager la voie pour d'autres analyses et d'autres politiques. Ce n'est pas ce qui est en train de se passer.

Pourquoi? Le grand changement dans les discours ne doit pas masquer une profonde continuité sur un point tout à fait essentiel: les pouvoirs des financiers. Les idées qui prévalaient hier servaient leurs intérêts: monnaie forte, taux de change fixes, déficits budgétaires minimaux, concurrence internationale… Force est de constater que cela continue. Ils font prévaloir aujourd'hui ce dont ils ont besoin, le temps qu'ils se refassent une santé: déficits budgétaires maximaux, relance par les salaires, soutiens nationaux en leur faveur… En revanche, les aides aux autres secteurs sont immédiatement accusées de protectionnisme.

Ce qui est fascinant dans les événements actuels, c'est l'extraordinaire capacité des milieux financiers à faire parler les économistes et les media dans le sens de leurs intérêts. N'en faites pas une affaire politique: c'est le cas en France comme au Royaume-Uni du travailliste Gordon Brown, ou aux USA de Georges Bush comme de Barack Obama. L'enjeu essentiel désormais est de savoir si les Etats occidentaux sauront remettre les financiers à leur juste place, après la démonstration éclatante de l'ineptie des thèses qu'ils ont réussi à faire prévaloir depuis 25 ans. Pour l'instant, rien n'a changé en la matière, contrairement aux apparences. Le changement spectaculaire dans les discours du moment n'est que la traduction de leur influence intacte sur les politiques économiques. Tant qu'il en ira ainsi, l'espoir de faire entendre une autre manière de comprendre l'économie restera ténu.

Daniel Fédou, le 17 février 2009.