L’élection de Pierre Gattaz : un événement majeur.


L’adoption par l’économiste Patrick Artus d’une nouvelle manière de raisonner, ni libérale ni keynésienne, était un signe annonciateur, dont nous nous sommes réjouis. Depuis, les manifestations d’un changement dans les esprits se sont succédé. Le nombre croissant de personnes qui comprennent l’intérêt de la TVA sociale, l’appel à un industriel comme Louis Gallois pour analyser les problèmes de notre pays, le terme de compétitivité régulièrement introduit dans les discours, tout cela nous conduit à penser que les hommes politiques et les économistes qui les conseillent comprennent peu à peu que la racine des problèmes de notre pays réside dans la capacité insuffisante de nos entreprises à répondre à la demande internationale.

La campagne de Pierre Gattaz pour l’élection à la présidence du MEDEF en constitue un indice de plus. Nous avons été ravis de l’entendre mettre l’emploi des Français et la compétitivité de nos entreprises au cœur de son programme. Telles sont en effet les thèses pour lesquelles nous avons créé notre association.

Son élection marque-t-elle la prise de conscience du patronat français de l’impasse dans laquelle conduit la politique qu’il a suivie pendant plus de vingt ans ? On n’ose pas l’espérer. Il n’est pas impossible en effet que l’obstination de Laurence Parisot à rester en place ait largement contribué à empêcher les tenants de cette politique de l’emporter.

Quoi qu’il en soit, l’élection de Pierre Gattaz sur les thèmes de la compétitivité et de l’emploi constitue un événement majeur. Car elle nous permet d’espérer que la politique économique de notre pays va enfin s’orienter dans la bonne direction.

Nous allons l’aider au mieux dans sa tâche, qui ne sera pas facile : il va rencontrer de nombreuses oppositions, que nous avons eu tout le temps d’identifier et d’analyser pendant ces nombreuses années. Nous continuerons donc à expliquer dans ces colonnes pourquoi les propositions qui ne se polarisent pas sur notre compétitivité internationale, aussi pertinentes soient-elles en théorie, sont vouées en pratique à l’échec.

Dans l’immédiat, rappelons une opportunité à saisir et une contrainte à respecter :

1/ Pour restaurer au plus vite la compétitivité de notre pays, il faut concentrer tous les faibles moyens disponibles sur certaines de nos entreprises : celles soumises à la concurrence internationale sur notre territoire. Autrement dit et en simplifiant un peu, sur nos entreprises exportatrices et celles qui leur sont directement liées. Les autres pourront restaurer leurs marges grâce à la baisse des prélèvements obligatoires que le redémarrage de l’économie rendra enfin possible.

2/ Il faut écarter l’idée de restaurer la compétitivité de ces entreprises-là en pesant sur les rémunérations nettes de leurs salariés. Il est vrai que sur le papier, du point de vue des économistes, cela pourrait marcher. Mais c’est une voie que l’on doit s’interdire, car elle est suicidaire. Moins bien payer les salariés des entreprises soumises à la concurrence internationale aboutirait très vite à en détourner les meilleurs. Or elles ont absolument besoin d’eux pour reconquérir les positions à l’étranger qu’elles ont perdues. On ne gagne pas une guerre si on maltraite ses soldats.

Daniel Fédou, le 20 septembre 2013.