La consommation n’est pas un moteur de la croissance.


Diverses déclarations officielles expliquent pourquoi le gouvernement a imaginé son surprenant Pacte Compétitivité Emploi : il a voulu préserver la consommation des ménages, parce que nous dit-il c’est le moteur essentiel de la croissance. Or il se trompe, comme d’ailleurs bon nombre de nos économistes. C’est la consommation de produits et services français qui est moteur de la croissance. Distinguo, dira-t-on? Pas du tout. La précision est essentielle, comme on va le montrer.

Commençons par les faits. Le produit intérieur brut (PIB), qui permet de mesurer la croissance, se décompose en trois parties selon l’usage final qui est fait des richesses produites : la consommation, les investissements et les exportations. On désigne couramment ces trois parties sous les termes de « moteurs de la croissance ». L’idée sous-jacente est que si l’une de ces trois composantes augmente, la croissance fait de même. Mais cette idée n’est pas tout à fait exacte.

Un correctif essentiel.

Pour obtenir le PIB, il ne suffit pas de faire la somme de ces trois parties ; il faut ensuite en déduire les importations. Si bien que seule la consommation de biens et services produits en France contribue à la croissance. C’est d’ailleurs bien normal : les produits fabriqués à l’étranger ne participent en rien à la création de richesses nationales et ne font l’objet d’aucune distribution de revenus pour les Français. C’est pourquoi la consommation de produits étrangers n’apporte rien à la croissance.

Pire : les produits importés absorbent une partie des revenus de nos compatriotes. Ces revenus ne sont donc plus disponibles pour acquérir des produits et des services français. C’est sans conséquence dommageable tant que nos entreprises exportatrices parviennent à vendre l’équivalent aux pays étrangers. Mais lorsqu’elles n’y arrivent plus, et après que l’on ait épuisé les possibilités de contourner l’obstacle par l’endettement, l’activité économique globale se bloque. Telle est la situation dans laquelle nous sommes désormais : non seulement la consommation de produits étrangers ne contribue pas à la croissance, mais elle l’arrête.

On nous dira que la distinction entre produits français et produits étrangers n’a plus grande signification pratique. C’est souvent vrai, en effet : un grand nombre des produits que nous consommons comportent une part étrangère significative ou prépondérante. Mais cela ne change strictement rien au mécanisme que nous venons de présenter.

La seule voie possible.

C’est pourquoi, tant que le solde de nos échanges avec l’étranger restera déficitaire, il serait inopérant pour relancer la croissance de recourir à une hausse des salaires, qui accroîtrait le déficit commercial, ou au déficit public, qui a atteint son plafond. Il nous reste en pratique une seule solution : exporter plus et/ou importer moins.

Il y a différents moyens d’y parvenir, même en restant dans l’euro. La plupart ne peuvent faire sentir leur effet qu’à moyen terme. L’un est efficace immédiatement : transférer le maximum de cotisations sociales sur la TVA sans augmenter les prélèvements globaux. Cette dernière condition est essentielle, faute de quoi on ferait une hausse d’impôts, ce qui réduirait le pouvoir d’achat des Français.

En revanche, si cette condition est respectée, le transfert proposé permettra de gagner sur les deux tableaux. Sur l’offre d’abord. Nos entreprises exportatrices pourront retrouver leur compétitivité perdue et exporter davantage. En effet, pour vendre à l’étranger, elles seront exonérées de facto des cotisations sociales transférées, puisqu’il n’y a pas de TVA sur les exportations.

Sur la consommation ensuite. Le transfert proposé permet en effet de maintenir les salaires nets et les prix TTC des produits et services français. On n’en consommera donc pas moins. De ce fait, et contrairement à ce que l’on entend souvent, il ne peut pas avoir d’effet négatif sur la croissance, pour les raisons expliquées plus haut. Au contraire : en provoquant une hausse des prix relatifs des produits importés, il entraînera un report de la consommation vers les produits nationaux.

On aura ainsi allumé deux vrais moteurs de croissance, en exportant plus et en important moins. En augmentant la compétitivité de nos entreprises à l’égard de l’étranger et en augmentant la consommation des ménages de produits et services français.

Dépêchons-nous !

Les socialistes sont ballottés entre des mesures contradictoires : ils imaginent leur curieux Pacte Compétitivité Croissance pour éviter de freiner la consommation, mais ils asphyxient par ailleurs par des impôts destinées à réduire les déficits et bientôt à financer la protection sociale. Prisonniers de l’erreur d’analyse de leurs économistes sur le rôle de la consommation dans la croissance, ils ne peuvent pas voir la voie qui leur est ouverte pour sortir de l’impasse.

Sans doute faut-il se montrer patient : il a fallu plus de dix ans à l’UMP pour comprendre que les leurs se trompaient. Mais que les socialistes ne tardent pas trop : le temps passe et la France s’enfonce dans le chômage.

Daniel Fédou, le 21 novembre 2012.