Sauver l’euro va tuer l’Europe.


Instaurer l’euro était une ânerie économique, s’obstiner à le conserver est une folie, qui va détruire l’Europe. Car ne nous y trompons pas : les premières manifestations de germanophobie que l’on observe en France ne sont pas des réactions épidermiques sans lendemain. Il suffit d’observer ce qui se passe en Grèce, en Espagne ou au Portugal pour comprendre qu’elles vont s’étendre chez nous aussi.

Un constat tout d’abord : les Allemands n’ont aucun intérêt à faire exploser la zone euro. Car ils en profitent grandement : il suffit d’observer les excellents résultats qu’ils obtiennent depuis une dizaine d’années. Quant à imaginer qu’ils l’ignorent, il faut une belle dose de prétention. Surtout de la part de notre élite politico-administrative, qui a imposé l’euro aux Allemands en contrepartie de leur réunification, mais qui n’a toujours pas compris les subtilités de fonctionnement d’une monnaie unique, comme le montrent nos mauvais résultats depuis que nous avons adopté l’euro.

Si les Allemands s’opposent à une intervention massive de la Banque Centrale Européenne, c’est qu’ils pensent que cela ne résoudrait en rien le problème. Selon nous, ils ont totalement raison. Car nous n’avons pas affaire à une crise de l’endettement, mais à une crise de la perte de compétitivité d’un certain nombre de pays de la zone euro. Dont la France. Leur endettement, sur lesquels les financiers braquent leurs projecteurs pour occulter la réalité, ne sont que la conséquence de leurs déficits commerciaux extérieurs. Et, tant que les déficits commerciaux de ces pays ne seront pas ramenés à zéro, leur endettement continuera de croître.

On comprend que l’Allemagne se méfie des engagements de rigueur budgétaire que prennent les pays en difficulté, pour répondre à la demande des marchés. Car rétablir les équilibres extérieurs par la rigueur est un traitement très douloureux, qui permettra peut-être de contenir les dettes et satisfaire les financiers, mais au prix d’une récession profonde assortie d’un chômage massif.

A l’inverse, l’abandon de l’euro permettrait de rétablir la compétitivité de manière bien moins douloureuse. Alors, pourquoi nous obstiner ? Certainement pas pour retrouver des taux d’intérêt bas. Il est vrai que l’euro a permis aux pays de la zone de bénéficier de taux d’intérêt réduits pendant des années. Mais c’est grâce à l’incroyable myopie des marchés financiers, qui gobaient les incantations de Jean-Claude Trichet. Cela en dit long sur leur clairvoyance. Mais ils ont fini par comprendre : la Grèce n’est pas l’Allemagne. Et pour retrouver ces taux réduits, il lui faudra désormais … ne plus avoir besoin d’emprunter.

Pourquoi nous obstiner à sauver l’euro? Une chose est claire: notre élite politico-administrative ne veut pas perdre la face. Mais le prix à payer est démesuré. Le cycle de désendettement dont a parlé le Président de la République à Toulon est en réalité un toboggan vers le chômage. En a-t-il conscience ? Les Français le supporteront-ils ? On comprend que les Allemands en doutent, et nous demandent des engagements irrévocables avant d’engager toute l’Europe sur cette voie.

C’est pourquoi les critiques portées en France sur la position allemande sont infondées. Et elles sont très dangereuses. Car le sentiment germanophobe risque de prendre une ampleur incontrôlable si l’on continue de faire croire aux Français que l’Allemagne est responsable des sacrifices considérables qu’on s’apprête à leur demander. Pour sauver la face, ne tuons pas l’Europe.

Daniel Fédou, le 6 décembre 2011.