Immigration et protection sociale.


A lire vos réactions à notre dernier article, plus critiques que d’ordinaire, nous devons vous apporter quelques éclaircissements.

Notre association Entreprise Emplois, constituée pour l’essentiel de chefs d’entreprises soumises à la concurrence internationale, essaye de se cantonner strictement au domaine économique. Car c’est celui dans lequel nous pensons avoir une certaine compétence et nous espérons pouvoir apporter aux débats des analyses constructives. Pour autant, nous n’ignorons pas que des sujets tels que la démographie ont des composantes non économiques d’une grande importance. Simplement, nous estimons qu’il ne nous appartient pas d’en parler.

C’est pourquoi, quand nous avons écrit que l’Allemagne a raison, nous nous placions sur le seul plan économique. Pour éviter tout malentendu, nous aurions d’ailleurs dû écrire que la France a tort. Elle a tort, compte-tenu du déficit actuel de sa balance courante, de penser que l’immigration peut l’aider à résoudre ses problèmes économiques.

En revanche, si l’on déborde du seul domaine économique, décider si l’Allemagne a tort ou raison est une question d’appréciation. En effet, puisque sa balance courante est très excédentaire, elle pourrait se permettre de compenser la faiblesse de sa natalité par l’immigration. Nous constatons qu’elle ne le fait pas – ou plutôt qu’elle ne le fait plus. Et nous en déduisons que l’Allemagne ne commet plus l’erreur d’analyse économique que la France commet encore.

Cette erreur se manifeste de différentes manières. Le dernier Médiateur de la République, M. Jean-Paul Delevoye, vient de déclarer que l’immigration en France était nécessaire pour faciliter l’équilibre des comptes sociaux. En l’état actuel des choses, cette affirmation est fausse.

Il est vrai que l’immigration permet d’abaisser l’âge moyen de la population. Il est vrai aussi qu’une population plus âgée coûte plus cher en dépenses de santé. Mais dans la situation actuelle de notre pays, un habitant de plus se traduit par un chômeur de plus, comme nous l’avons montré dans notre article précédent. Et un chômeur de plus n’aide en rien à résorber les déficits sociaux. Il les aggrave au contraire, car il ne cotise pas et a des besoins sociaux.

Cela reste vrai pour le financement des retraites, auquel pensait certainement M. Delevoye. L’immigration rajeunit certes la population ; mais cela ne sert à rien. En effet, le paramètre qui compte n’est pas le ratio entre les jeunes et les seniors, mais entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent plus. C’est pourquoi la seule manière d’améliorer le financement de notre protection sociale et de nos retraites est d’améliorer l’emploi. Donc d’exporter davantage et/ou d’importer moins, pour les raisons que nous avons largement développées dans ce site et que nos élites économiques et politiques n’ont toujours pas comprises.

Daniel Fédou, le 11 avril 2011.