L'Allemagne demain.


Vous avez été nombreux à réagir à notre dernier article. Nous avons été heureux de constater que l’idée fausse selon laquelle la TVA sociale serait une mesure injuste disparaît. Nous n’y reviendrons pas, pour l’avoir déjà entièrement contestée dans ce site. Mais plusieurs d’entre vous se sont fait l’écho d’une autre idée fausse, très répandue : l’Allemagne mangerait actuellement son pain blanc; son évolution démographique la condamnerait à des lendemains douloureux.

De fait, l’Allemagne compte actuellement 20 millions d’habitants de plus que la France. Or, selon les dernières projections de l’ONU, elle devrait se retrouver à notre niveau en 2050 : sa population passerait de 82 à 70 millions, la nôtre de 62 à 67. Faut-il y voir l’effet d’une natalité insuffisante en Allemagne? Sans doute, puisque depuis 20 ans, la France connaît un accroissement naturel de 200 000 personnes par an environ*, pendant que l’évolution naturelle allemande est une diminution annuelle de 100 000 personnes.

Mais c’est aussi le résultat d’une volonté politique résolue. Les chiffres de l’immigration le montrent clairement. Car ces derniers ne résultent pas des décisions prises par les couples dans le secret des alcôves ; ils traduisent une volonté nationale. Or, si le solde migratoire annuel est stable en France depuis 20 ans autour de 70 000 immigrants**, il décroît régulièrement en Allemagne. Elle faisait venir près de 750 000 personnes en 1989, ce chiffre a décru régulièrement jusqu’à 2007, et le solde est même devenu négatif depuis : - 55 000 personnes en 2008, autant en 2009.

Qui a raison ? L’Allemagne***. Voilà encore un sujet sur lequel la France n’a pas su adapter sa manière de raisonner à la nouvelle donne économique. Pour expliquer pourquoi, nous n’allons pas reprendre ici ce que nous avons développé au fil de nos billets précédents figurant sur ce blog. Contentons-nous d’en rappeler la conclusion : ayant perdu notre indépendance monétaire, notre activité économique dépend directement du solde de la balance de nos échanges avec les pays étrangers.

Quel est l’impact de la démographie dans ce contexte ? Une personne de plus se traduit à coup sûr par des importations complémentaires : celles liées à sa consommation - vêtements, médicaments, nourriture… Or, dans la quasi totalité des cas, elle n’apportera aucune exportation complémentaire. Cela va de soi si la personne n’a pas d’emploi ou est employée pour soigner des malades, construire une maison, ramasser les ordures… L’analyse est un peu moins évidente si la personne est employée dans un secteur soumis à la concurrence internationale. Mais dans ce cas, si elle doit respecter les dispositions légales en vigueur sur les rémunérations, les horaires, les conditions de sécurité… elle n’apportera pas d’avantage compétitif notable à son entreprise. A moins qu’elle ne dispose de compétences exceptionnelles.

Ainsi, dans la plupart des cas, et tant que notre balance commerciale est déficitaire, une personne de plus crée un chômeur de plus : lui-même ou celui dont il va prendre la place. Pendant des années, les économistes ont combattu à juste titre cette conclusion malthusienne, car elle était fausse. Mais elle est devenue vraie. C’est ce que l’Allemagne a compris. Notre élite, pas encore.

Il n’est pourtant pas nécessaire de se livrer à des calculs complexes pour comprendre que si nous n’arrivons pas à donner du travail à notre population actuelle, le problème ne sera que plus difficile à traiter avec 5 millions d’habitants de plus.

Daniel Fédou, le 3 avril 2011.

* Les chiffres qui suivent sont ceux qui figurent sur le site de l'Institut National d'Etudes Démographiques. L'évolution naturelle de la population est celle résultant des naissances et des décès.

** avec une hausse à 100 000 de 2002 à 2006.

*** On se place du point de vue économique. On n'imagine pas que notre objectif soit d'envahir un jour notre voisin et d'avoir plus de fantassins que lui...