Une relance, pour quoi faire ?


C’est devenu traditionnel en France depuis 30 ans : on débat les problèmes secondaires. Face au plan gouvernemental de relance par l‘investissement public et l’aide à la trésorerie des entreprises, les socialistes opposent un plan de relance par la consommation. Tel est le débat qui est lancé. Comme d’habitude, il laisse dans l’ombre l’essentiel.

Notre pays est confronté à deux graves problèmes :
- l’un est un cancer qui le mine depuis longtemps : une compétitivité insuffisante, ou si l’on préfère trop d’achats à l’étranger et pas assez de ventes ;
- l’autre est une urgence : la brutale dégradation de la santé de nos banques.

Sur le premier, la responsabilité de nos financiers est grande, qui ont fait instaurer la politique du "franc fort" puis, après la mise en place de l’euro, empêché l’installation d’une TVA sociale.

Le second problème aurait pour cause la cupidité des financiers anglo-saxons, qui se sont en effet grassement rémunérés sur des profits artificiels et qui plaident maintenant avec un incroyable cynisme une erreur collective, pour obtenir soutiens financiers publics et absolution judiciaire. Les anglo-saxos ont-ils été les seuls ? On demande à voir.

Quoi qu’il en soit, il est exclu que nos banquiers fassent payer l’addition à l’économie réelle – à nos entreprises et donc à leurs salariés. Faut-il souligner que ce serait moralement inacceptable ? Et très dangereux pour notre démocratie ? Inutile, car il y a pire : c’est tout simplement impossible. L’économie française est bien trop affaiblie par son cancer pour permettre à nos banques de se refaire une santé sur son dos.

Elles doivent redresser leur situation financière par leurs propres efforts, sans augmenter les taux d’intérêt et en maintenant les encours de crédits à l’économie, malgré les risques accrus dont elles sont largement la cause. Il faut les y contraindre si nécessaire.

Il faut ensuite engager sans tarder les mesures pour traiter le premier problème, celui de notre compétitivité. Une relance ne résout rien : elle permet seulement de gagner un peu temps. C’est le passage en réanimation du cancéreux qui vient de faire un infarctus.

La relance indispensable doit donc respecter une contrainte : ne pas aggraver le cancer. Le plan du gouvernement y parvient à peu près. Une augmentation des salaires ou des prélèvements serait en revanche un contresens. Mais il faudra un minimum de justice pour l’éviter.

Daniel Fédou, le 5 février 2009.