Guadeloupe : un cas d’école.


Il y a quelques années, une association nous a invités à animer en Guadeloupe quelques conférences sur les thèses du livre "Exclusion zéro". Grâce aux nombreux contacts qu’elle a organisés avec les acteurs économiques, nous avons beaucoup appris sur le fonctionnement de l’archipel, à bien des égards surprenant pour un regard extérieur.

Nous avons conservé en mémoire trois données caractéristiques. Même l’eau de table arrivait par bateaux de métropole, alors que la Guadeloupe est une île bien arrosée. La rémunération des fonctionnaires de l’Etat était beaucoup plus élevée qu’en métropole, malgré un environnement à bien des égards plus agréable. Et le patronat local se montrait très peu réceptif à notre discours sur la nécessité de produire sur place.

Apparemment, ces données de base n’ont guère changé. Mais la tension monte.

La Guadeloupe est minée par un sous-emploi impressionnant : un taux de chômage de 22,7% fin 2007 – le site du ministère compétent ne donne pas ceux de 2008, après le début de la crise – et de 55,3% pour les jeunes de moins de 24 ans. Inévitablement, les Guadeloupéens se tournent vers l’autorité suprême, l’Etat. Comment le leur reprocher? Nos banquiers ont fait de même…

De son côté, la métropole a fait ses comptes. Le bilan est affligeant : beaucoup d’argent dépensé, pour créer beaucoup de chômeurs. Pendant que les conséquences financières de la grève menée par le LKP prenaient forme, la tentation d’abandonner la Guadeloupe à son sort se répandait rapidement.

L’incompréhension grandit de part et d’autre. La situation est pourtant simple. Elle illustre jusqu’à la caricature les effets nocifs que peut entraîner une unité monétaire instaurée en ignorant les réalités économiques. Comme on l'a vu, elle a des effets positifs à la condition que la main d’œuvre soit mobile dans la zone monétaire. Sinon, c’est la montée du chômage dans sa partie la moins compétitive.

Or, les départements d’outre-mer souffrent d’un handicap auquel personne ne pourra rien changer : leur éloignement. En outre, la métropole voit ses emplois se diluer dans la zone euro. Elle est donc dans l’incapacité de donner du travail à tous les Antillais au chômage qui seraient prêts à quitter leur île pour trouver un emploi. La théorie des zones monétaires ne peut donc pas s’appliquer.

Si l’on continue sur la voie actuelle, l’issue est inéluctable : c’est la séparation, à mécontentement mutuel. Y en a-t-il une autre? Bien entendu. Pour la découvrir, la France – car c’est elle qui décide – doit d’abord abandonner tout dogmatisme. Celui qui a conduit par exemple à la création de deux collectivités locales, un département et une région, sur le même territoire.

Le nœud du problème n’est pas racial, il est économique. Dans ce domaine, il faut être pragmatique. Or il n’y a pas a priori d’incompatibilité entre l’unicité des lois de la République et une large autonomie économique et financière. Tout est donc encore possible.

Daniel Fédou, le 19 juin 2009.