Que devons-nous faire?


Après une quinzaine d'articles publiés dans ce site qui abordent morceau par morceau nos difficultés économiques, il est temps d'en proposer une synthèse.

Nous faisons de l'emploi la priorité, indépendamment même de toute considération sociale. Il est clair en effet que des personnes qui ne travaillent pas alors qu'elles le pourraient constituent un immense gaspillage: leur inactivité diminue beaucoup la richesse qui pourrait être produite, et donc consommée. Bien plus que les gaspillages d'argent public qui sont régulièrement dénoncés - dont une bonne partie d'ailleurs est due au fait que les hommes politiques préfèrent avoir des fonctionnaires en trop que des chômeurs en plus.

Nous parlons bien entendu de l'emploi global du pays. La disparition d'emplois dans telle ou telle entreprise a parfois des conséquences sociales douloureuses. Il faut les traiter au mieux. Mais du seul point de vue économique, ces disparitions d'emplois ne constituent pas nécessairement un problème. Elles peuvent au contraire être le signe d'une économie qui se fortifie en abandonnant ses branches mortes.

Ce qui permet de faire la différence est le niveau de l'emploi global. Quand le chômage apparaît puis se développe, quand les destructions d'emplois ne sont pas compensées par des créations d'emplois, l'économie du pays est en train de s'affaiblir.

Intervient alors une donnée essentielle: avec des parités monétaires rigidifiées, le plein-emploi ne constitue plus la règle, mais seulement un cas de figure. Notre pays est dans cette situation, puisqu'il n'a plus de monnaie indépendante. Le risque – et il est malheureusement en train de se concrétiser – est que les emplois quittent notre pays. Que nous soyons l'Auvergne de l'Europe, pas son Ile-de-France.

Dans ces conditions, que devons-nous faire? Nous avons donné plusieurs fois notre réponse dans nos articles précédents. Exporter plus, importer moins. Recevoir plus de touristes ou moins partir à l'étranger. Bref, accroître les recettes et diminuer les dépenses de notre pays avec l'étranger.

Car l'emploi global se heurte à la situation de la balance des paiements courants. L'endettement des entreprises, des ménages ou des administrations - qui accompagne inévitablement un déficit éventuel de cette balance - est en effet limité. Lorsque cette limite est atteinte, l'activité économique ne peut plus se développer. Apparaît alors ce que nous avons appelé le «chômage de compétitivité».

Il faut donc développer les exportations pour permettre la création d'emplois. Ils apparaîtront pour l'essentiel dans les services et le bâtiment. Mais il se trouve que les exportations passent avant tout par l'industrie - car par nature, les services s'exportent très difficilement.

Il ne s'agit donc pas d'essayer de sauvegarder chaque emploi dans l'industrie: on en freinerait la compétitivité. Il ne s'agit pas davantage d'aider les autres emplois: ils ont seulement besoin qu'on enlève cette contrainte extérieure qui les empêche de se développer. Il faut avant tout se concentrer sur les exportations industrielles – et non l'emploi industriel – pour développer l'emploi global - qui sera de plus en plus localisé dans les services et le bâtiment. C'est sans doute un peu subtil, mais cela peut quand même s'exprimer.

Daniel Fédou, le 10 juin 2009.