Trois précisions aux adeptes de Jacques Marseille.


Finalement, Jacques Marseille n'est pas aussi entendu que nous le pensions: vous avez été nombreux à manifester votre approbation à notre dernier article. Ce n'est pas une raison pour oublier ceux qui n'étaient pas d'accord. Peut-être le deviendront–ils en lisant les précisons qui suivent? Quoi qu'il en soit, ils méritent des éclaircissements de notre part sur trois points.

Nous avons écrit: la France manque d'emplois parce que son industrie disparaît trop vite. Cela nous paraît aller de soi, mais sans doute aurait-il fallu le préciser: il s'agit des activités industrielles globales. Si certaines se réduisent en France pendant que d'autres s'y développent, il est possible que cela peut n'ait aucune incidence néfaste sur l'emploi global, au contraire.

Nous n'oublions pas que ces mutations entre secteurs peuvent créer des problèmes sociaux douloureux, bien que localisés. Il faut essayer de les prévenir, en particulier en les anticipant lorsque c'est possible, puis de les traiter au mieux par des mesures d'accompagnement. Nous n'en avons pas parlé car notre article était consacré aux seuls aspects économiques. Mais même du point de vue social, la situation est très différente selon que le salarié licencié ne retrouvera pas d'emploi sur place, ou qu'il n'en retrouvera nulle part en France.

Une autre précision. Nous n'avons pas dit qu'il fallait maintenir le nombre d'emplois industriels. Nous disons seulement que notre activité industrielle a diminué trop vite et qu'elle continue de diminuer trop vite. Et nous affirmons que c'est la cause de notre chômage massif. Nous avons essayé d'en apporter deux démonstrations, l'une en raisonnant comme tout le monde dans «Exclusion zéro», l'autre en raisonnant comme les économistes dans «Un chômage de compétitivité?».

En quoi cette activité diminue-t-elle trop vite? Parce que nous ne sommes pas assez compétitifs sur les marchés mondiaux. En simplifiant, parce que nous n'exportons pas assez ou que nous importons trop. De ce fait, la création nécessaire d'emplois dans les services plafonne et ne peut pas compenser les pertes inévitables d'emplois dans l'industrie. Tel est le point fondamental qui échappe à Jacques Marseille.

Un dernier commentaire: nous avons été surpris d'être accusés d'inciter au protectionnisme. C'est une solution parfois proposée pour résoudre les problèmes de notre pays. Mais nous n'avons pas esquissé dans notre article la moindre solution, protectionniste ou pas.

Que l'on ne nous dise pas que notre analyse y conduit nécessairement. Par exemple, pour exporter davantage, de nombreuses mesures pourraient être prises. D'autres pays les ont adoptées: personne ne les accuse de protectionnisme. Croire qu'il n'existe pas d'autre alternative au système actuel que le protectionnisme est une grave erreur.

Daniel Fédou, le 19 mai 2009.